Tout commença par une faute d'orthographe qui m'amena lors d'une googlisation sur un site de Pullip.
Quel était l'objet de ma recherche initiale je m'en souviens plus mais je me rappelle très bien ma réaction que je vous livre à l'état de brute que j'étais sur le moment :
"Mais c'est quoi ce bordel, il s'écrit comment ce putain de mot de merde et c'est quoi ce connard d'ordinateur qui rame et ne veut pas revenir en arrière".
"Mais c'est quoi ça? C'est des poupées?!"
Un rictus de dégoût s'inscrivit sur mes lèvres, collant parfaitement tel un rouge à lèvres de mauvaise qualité avec la salve d'insultes proférée juste avant.
"Mouais c'est mignon mais j'aime pas les poupées."

Il est temps de faire un premier arrêt sur image. Je n'aime pas les poupées est une affirmation fausse, je les ai aimées dans ma plus tendre enfance, j'ai de très bon souvenirs de décapitation de Barbie et d'apprentissage en coiffure punk qui me fit comprendre très tôt que je ne pourrais jamais devenir bourreau ou coiffeuse, métiers fort honorables et au demeurant très proches quand je repense que quelques années plus tard j'eus une forte envie de décapiter le coiffeur qui, au lieu de réaliser une mini vague à la Olivia Newton Jones, me fit ressembler à un mouton crépu. Faute de ne pouvoir me permettre de mener à bien mes noirs desseins je me décapitai la chevelure pour une coupe militaire, 3 millimètres restant de ma pauvre longue chevelure cramée par la permanente.

Curieuse de nature et ayant probablement du temps à perdre ce jour là, je passais plusieurs minutes à chercher des infos sur ces poupées moches à grosse tête. J'y revins quelques jours plus tard autant intriguée par cet univers que je découvrais que par l'intérêt que provoquaient ces poupées sur moi, sentiment qui m'échappait totalement.
Je dus admettre qu'elles me plaisaient bien et surtout qu'autour de ces objets je pouvais redécouvrir d'autres centres d'intérêt oubliés.
Je me suis inscrite sur les forums de dolleuses et je commandais ma première poupée à l'étonnement de mon entourage !

Et voilà que l'on peut maintenant entrer véritablement dans la psychologie de bazar.
Étant une jeune femme d'une quarantaine d'années désirant un enfant, venant de vivre une fausse couche après des années d'essais et sans grand espoir de retomber enceinte, j'étais prédisposée aux réactions de complaisance.
"Elle comble son manque d'enfant par une poupée", "elle devrait en parler, il faut faire attention qu'elle ne sombre pas dans la dépression, c'est une passade ça va se tasser" etc...

Il est tellement plus facile de tirer des conclusions hâtives plutôt que d'interroger la principale intéressée sur ses motivations !

Motivation pourtant bien affirmée. Au delà de la joliesse de l'objet, ce qui me fit basculer dans ce hobby est la redécouverte de deux autres passions.
La customisation en premier. Pouvoir tout changer, trouver des yeux, des perruques, construire un personnage et surtout changer le make up, me permit de renouer avec une activité que j'avais délaissée depuis des années, celle de la peinture sur figurine de jeux de plateau. J'avais toujours désiré reprendre cette activité mais le souvenir du vol de ma collection et de sa revente en magasin m'avait quelque part dégoûtée de ce milieu.
Ensuite la photographie, qui m'a toujours attirée sans que je trouve un grand intérêt à photographier des paysages, des humains ou des natures mortes. Alors de temps en temps j'y revenais, j'arrêtais, je tentais à nouveau avec une insatisfaction au goût amer. Ce fut le déclic quand je commençai à m'amuser à imaginer des mises en scènes, des ambiances et à découvrir les logiciels de retouches photo qui permettent autant de masquer les imperfections de la débutante que je suis toujours que de s'amuser pendant des heures à tester de nouvelles couleurs, ambiances et brush en tout genre.
Enfin une passion qui ne me lasserait pas dans le temps et dont je ne pourrais pas en faire le tour très vite tant les possibilités sont infinies.

Évidemment la naissance de ma fille il y a deux ans n'a pas mis un frein à cette passion mais a fait taire à tout jamais (du moins je l’espère) ceux qui pensaient que mes motivations étaient en réalités des troubles psychologiques.